Par Mr Robert MICHON

Après avoir pris la décision de faire quelques recherches concernant notre village durant la seconde guerre mondiale, j'avais donc cet été pris contact avec Monsieur Michon afin de savoir s'il accepterait de nous faire part de tout ce qu'il savait, de ce qu'il avait vécu et vu à cette période. Sans aucune hésitation, Robert Michon avait accepté. Nous décidions donc de reprendre contact un peu plus tard, nos agendas étant trop chargés. Hélas quelques semaines ont passé et Monsieur Michon nous a quittés brutalement. Ayant à coeur de transmettre ce qu'il avait vécu, Robert Michon avait rédigé quelques lignes. Son épouse me les a gentiment transmises. Je vous les présente donc telles qu'elles étaient il y a quelques semaines. D'autres rendez-vous viendront étoffer nos connaissances, j'espère que ces échanges seront fructueux et que vous prendrez plaisir à les découvrir.

 

 

Par Mr Simon Cailleux

Notre premier rendez-vous dans notre page Histoire fut les quelques lignes que Monsieur Robert Michon avait eu la gentillesse de rédiger sur un petit papier, en attendant que l’on se rencontre. Sa disparition brutale ne lui a pas laissé le loisir de nous expliquer ce qu’il avait vécu durant la seconde guerre mondiale et nous le regrettons.

Aujourd’hui, c’est avec  Monsieur Simon Cailleux que l’on va découvrir ce qu’il a vécu, enduré à Boissy durant cette période tragique et douloureuse. Simon Cailleux est né en 1927. Dans notre pays, l’entrée en guerre officielle s’est faite le 3 septembre 1939, Simon était alors un adolescent  âgé de 12 ans.

Avant la guerre Simon était scolarisé à l’école de Boissy. A l’âge de 11 ans, il a commencé à travailler chez M. et Mme Louis Simar. Son travail consistait alors à traire les vaches. Il était alors considéré comme un des enfants de la famille nombreuse. Les familles Simar Louis et Cailleux ont d’ailleurs conservé ces liens étroits.

Après cette période M. Cailleux a épousé Melle Snakowska. Ils se sont installés à Dammartin. Monsieur Cailleux  y  occupait un emploi de contremaître sur une exploitation  avec un cheptel  important. Ils y sont restés une dizaine d’années. A la naissance de leur troisième enfant et suite à une divergence avec leur employeur, la famille Cailleux est revenue à Boissy. Simon Cailleux a alors travaillé une vingtaine d’années  avec René Bahu puis avec son fils Jean-Michel. Après de longues années de travail, ce fut l’âge d’une retraite bien méritée.

Au moment où la guerre a éclaté, Simon Cailleux était donc à Boissy et travaillait chez Monsieur Louis Simar. La Gestapo s’était alors installée à Péroy les Gombries, au château, là où se trouve aujourd’hui la Cuma. Des hommes de la Gestapo étaient présents dans le village, toujours aux aguets. Il fallait alors faire très attention à ce que l’on disait. On se méfiait les uns des autres, la peur était présente au quotidien. Des affiches sur les murs étaient placardées. On y voyait une bouche cousue. Cela rappelait aux habitants qu’il fallait être extrêmement  prudent et se taire.

Monsieur L. qui travaillait dans une ferme du village, après avoir  trop parlé, avait été repéré par la Gestapo. Il a dû s’exiler en Normandie car sa vie était en danger.

Durant cette période, les hommes travaillaient dans les champs. Les avions étaient bas, frôlaient les blés. Les hommes risquaient de se faire mitrailler car la guerre avait lieu au-dessus de leurs têtes. Un jour, M. Cailleux  a vu un avion américain tombé près de Villers Saint Genest. Trois soldats  américains sont parvenus à sauter à temps. M. Ketel a réussi à sauver ces soldats mais il a été ensuite pris par la Gestapo  (ces hommes bien habillés). Il a été envoyé en Allemagne avec cinq ou six autres français. M. Ketel a survécu à l’atrocité des camps. Il en est revenu vivant mais ne pesait plus que trente-deux kilos.

Pendant toute cette période, la population n’avait  pas grand-chose à manger. Il fallait faire sa farine soi-même pour pouvoir faire son pain. La Kommandantur de Crépy-en-Valois venait à Boissy chercher du beurre, du fromage, des œufs. Les allemands réquisitionnaient la paille, laissée en bordure de champs. Ils prenaient des civils français pour garder les meules car ils craignaient que les français les brûlent. Si cela arrivait, les civils étaient soit fusillés, soit envoyés en Allemagne. Face à la tyrannie allemande, certains français résistaient. Il y avait dans les bois de Gondreville tout un groupe de résistants. M. Simar, accompagné de M. Cailleux, leur apportaient des volailles afin qu’ils se nourrissent  également. Des réunions se tenaient chez le boulanger afin de décider de ce qu’il était possible de faire face à l’ennemi.

Puis est venu le temps de l’exode. A ce moment Nanteuil-le-Haudouin était en feu. Mme Cailleux, étant d’origine polonaise, la famille avait reçu l’ordre de retourner en Pologne. Mais cela était impossible, la Pologne était également en guerre aux côtés de la France. La famille a dû  faire comme beaucoup d’autres, descendre dans le sud pour rejoindre la zone libre. Simon et sa famille se sont dirigés vers Briare. Ce fut terrible. Le cheminement était très difficile, il y avait énormément de voitures, de voitures à cheval. Les voitures étaient côte à côte. Les avions italiens n’hésitaient pas à tirer sur le flot de voitures. On se couchait alors dessous pour se protéger. La faim était très présente. Il fallait se débrouiller pour trouver de la nourriture. La solution était donc de voler  une bête dans les champs et de la tuer. C’était le seul recours pour survivre durant cet exode. Arrivés à Briare, la famille est descendue jusqu’à Cahors où elle était logée dans des maisons vidées de leurs habitants.

Enfin en 1945, après six longues années de guerre meurtrière, ce fut le moment de la libération. Les allemands repartaient sans camion mais à pieds ou avec des vélos.

Un jour on a vu une colonne de chars américains venir de Sennevières, avec à leur bord des GI. Ils venaient libérer la France et se dirigeaient vers l’Allemagne. Voici donc le regard de M. Caileux et son ressenti durant cette période tragique de notre histoire. Un grand merci à vous, Monsieur, d’avoir accepté de nous dire tout cela, ce qui n’est pas sans rappeler de douloureux souvenirs.

Par Mr Jacques Boucher

Après vous avoir fait part de ce qu’ont vécu Messieurs Michon et Cailleux durant la seconde guerre mondiale, j’ai rencontré le doyen de notre village Monsieur Jacques Boucher ainsi que sa sœur Madame Jacqueline Chassergue. Ils sont nés respectivement en décembre  1922 et en février 1924. Tous deux sont arrivés à Boissy-Fresnoy en décembre 1933 à  l’âge approximatif de 11 et 9 ans lors de l’ouverture par leurs parents d’une épicerie. Cette épicerie faisait également office de bureau de tabac, buvette, charcuterie, salon de coiffure, négoce de charbon et fuel.

De 1948 à 1967, Jacqueline Chassergue et son mari ont alors ouvert un second commerce à Fresnoy à proximité de la place . On y trouvait toutes sortes de vêtements puis ils ont repris le commerce de leurs parents et ont fermé celui de Fresnoy. Jacques Boucher, de son côté, avait suivi une formation mécanique chez Monsieur Thuillier à Nanteuil-le-Haudouin.

Au moment des départs obligatoires pour le travail en Allemagne, Jacques Boucher n’a pas été emmené, n’ayant pas encore 21 ans. En 1940, afin d’échapper aux menaces aériennes et terrestres, toute la famille, grands-parents, parents et enfants,  a dû quitter le village pour se rendre à Guermantes. Monsieur Boucher pleurait de peur de ne pas retrouver sa maison debout.

Après un bref retour à Boissy, il a fallu repartir, pour Gien, cette fois-ci, durant une quinzaine de jours. Les bombardements étant incessants, il fallait se mettre à l’abri dans les fossés et y dormir également. Avant d’arriver  à Gien, la famille s’est arrêtée dans un pré, à proximité d’une gare où un camp avait été monté. Arrivée au terme de ce voyage forcé, la famille Boucher s’est logée à Gien dans le sous-sol d’une maison.

Au retour de cet exode, toute la famille est revenue à Boissy et a découvert que leur maison avait été pillée. Dans la rue de l’épicerie, il ne restait plus que très peu d’habitants. Il a fallu alors recommencer à zéro.

A Boissy, il y avait des résistants. A la gare de Boissy-Lévignen, un général allemand avait été tué. Quand il y avait des bombardements, Jacques et Jacqueline prenaient leur vélo pour voir ce qui se passait.

Les résistants  de Lévignen avec à leur  tête Monsieur Ardenois,  étaient venus à Boissy à l’épicerie pour acheter du tabac et avaient coupé les fils du téléphone. Ils ne voulaient  pas être dénoncés. Parallèlement les brigadiers de Nanteuil venaient à Boissy prévenir les gens qui devaient être arrêtés par les allemands. Il en est de même pour un habitant du village, Monsieur Sené qui lui a fini pas être arrêté par les allemands pour avoir mis en garde certains habitants du sérieux danger qui les guettait. A Boissy, la famille Boucher n’a pas manqué de pain, le boulanger travaillait sans cesse. Elle n’a pas souffert de la faim comme les gens des villes. Les allemands venaient à l’épicerie  prendre de la nourriture. Monsieur Boucher , ayant un permis de circuler, était appelé pour aller chercher le médecin, l’infirmière… Au moment où les allemands ont quitté le village, ceux-ci ont prononcé les mots suivants à la famille Boucher « Beaucoup de misère, la guerre Madame ».

Voilà donc un autre ressenti de cette période terrible pour bien des français.